Article - Une économie de 140 millions d’euros

Si le médicament contre le cholestérol le moins cher était chaque fois prescrit, la sécurité sociale gagnerait 140 millions d’euros. Et les patients 15 millions.

Les candidats au scrutin fédéral ne le crient pas sur tous les toits, ce n’est pas le moment de promettre du sang et des larmes. Mais ils savent bien qu’après les élections, la Belgique sera mise à la diète. Les pays européens adoptent les uns après les autres des budgets de grande rigueur pour effacer les ardoises laissées par la crise. Après la Grèce, l’Espagne, le Portugal et la Grande-Bretagne, voilà l’Allemagne qui sabre dans ses dépenses. On voit mal comment la Belgique, avec sa dette colossale, pourrait y échapper le moment venu.

Nul doute que les dépenses de l’assurance-maladie feront partie de ce débat budgétaire délicat. La loi prévoit en effet une norme de croissance des dépenses réelles en soins de santé de 4,5 % chaque année. Mais pour le moment, cette norme n’est pas atteinte: les dépenses totales de l’assurance-maladie restent largement en deça. D’où la tentation de réduire cette norme et de contribuer ainsi à la modération budgétaire.

La Mutualité chrétienne, qui a longtemps plaidé pour cette norme de croissance, se dit aujourd’hui, dans un contexte de mauvaise conjoncture budgétaire, prête à la réduire. Mais elle pose deux conditions. Première condition: il ne faudrait pas que l’assurance-maladie soit la seule à trinquer. En d’autres mots, la rigueur devra être appliquée dans toutes les dépenses de l’Etat. Deuxième condition: les patients ne doivent pas faire les frais de cette rigueur. La facture des malades devrait même pouvoir être adoucie.

Et la Mutualité chrétienne prétend que cette dernière condition est parfaitement possible. Elle a d’ailleurs identifié des postes de dépenses où des économies peuvent être réalisées au bénéfice de l’assurance-maladie comme des patients.

L’un de ces postes, c’est la prescription des médicaments. Le service d’étude de la Mutualité chrétienne a calculé que si les médecins optaient pour une alternative meilleur marché chaque fois qu’ils prescrivent un médicament contre le cholestérol, ils feraient économiser 140 millions d’euros à l’assurance-maladie et 15 millions aux patients.

Il faut savoir que c’est, et de loin, la classe de médicaments qui coûte le plus cher à l’assurance-maladie: 226,5 millions d’euros en 2009. Quelque 1,3 million de Belges suivent actuellement un traitement contre le cholestérol. Un chiffre qui augmente chaque année de 100 000 personnes.

Or, à peine 50 % des médicaments prescrits contre le cholestérol appartiennent aux variantes les moins chères -pour l’essentiel, la simvastatine. Pour la Mutualité chrétienne, il y a là une belle marge d’économie. "Sous la précédente législature, expose Jean Hermesse, secrétaire général, on a imposé aux médecins un quota minimal de prescription de médicaments bon marché. Cela a donné un coup de fouet. Mais maintenant, la croissance des médicaments bon marché s’est arrêtée. On devrait dès lors relever les quotas de prescription. Je ne dis pas qu’il faut aller jusqu’à 100 % de prescription de médicaments bon marché. Mais si on fait la moitié du chemin, ce serait déjà énorme."

A la Mutualité chrétienne, on se demande aussi pourquoi le nombre de personnes qui suivent un traitement contre le cholestérol augmente chaque année de 100 000 personnes. "On devrait ouvrir un débat scientifique pour déterminer à partir de quel taux de cholestérol il faut prescrire un médicament", ponctue Jean Hermesse.

Dans le même ordre d’idées, le secrétaire général de la Mutualité chrétienne cite le cas du paracétamol -médicament d’usage très courant que l’on prend en cas de maux de tête ou de fièvre. "Un générique vient d’arriver sur le marché, explique Jean Hermesse. Il est 60 % moins cher que le Dafalgan. Si les patients prenaient systématiquement ce médicament-là, ils feraient une économie globale de 30 millions d’euros. Le Dafalgan est le médicament non remboursé le plus vendu en pharmacie ."

Autre exemple: les suppléments d’honoraires pour les séjours à l’hôpital dans les chambres communes ou à deux lits. "Sur les 115 hôpitaux du pays, il n’y en a plus qu’une quinzaine qui en réclament encore, dit encore Jean Hermesse. On pourrait les supprimer. Cela ne coûte rien à l’Etat. Et cela soulagerait des patients."

Et puis, pour la Mutualité chrétienne, il y aurait aussi des économies possibles en matière d’implants. "Je reviens de Suède, commente Jean Hermesse. Là-bas, les pacemakers sont remboursés 1 000 euros. En Belgique, la moyenne est de 5 000 euros. Comment expliquer cette différence ? Par le fait qu’en Suède, ils font un appel d’offres. Tout le monde dispose du même pacemaker, mais il est beaucoup moins cher sans être de moins bonne qualité."

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Publication du 08 juin 2010