Article - Investir dans les maisons de repos

Le secteur des maisons de repos a de l'avenir devant lui mais est aussi exposé à de nombreuses contraintes.
Les maisons de repos et de soins atteignent facilement un taux d'occupation de 95% et plus. En raison du vieillissement rapide de la population, la surcapacité n'est pas vraiment une menace. Pourtant, les maisons de repos ne se construisent qu'au compte-gouttes et les investissements se font hésitants. Différentes raisons expliquent un tel phénomène.
La facture totale moyenne pour un résident avoisine les 90 à 100 euros par jours. Dans certains cas, elle atteint les 140 euros par jour. Pour un coût de 90 euros pour près de 130000 lits en Belgique, la facture totale s'élève à 4,2 milliards d'euros par ans, soit 32850 euros par résident. Lorsqu'on sait que le temps de passage dans une maison de repos est de deux à trois ans, le séjour correspond au coût d'un petit appartement. Rien que pour des raisons financières, tant le senior (l'individu) que les pouvoirs publics (la société) reporteront l'entrée dans la construction de centre de repos et de soins.
Décourageant
La facture des maisons de repos est lourdement subsidiée par les pouvoirs publics. Une telle situation laisserait présager un intérêt particulièrement marqué pour la construction et l'exploitation de maisons de repos et de soins par le secteur privé. Ce secteur privé en Belgique n'est pas vraiment encouragé à se lancer dans cette activité. Il ne reçoit pas autant de subsides que les CPAS et les ASBL. Cela revient à entreprendre avec un handicap, même si force est de reconnaître que personne ne trépigne à l'idée de privatiser totalement les maisons de repos et de soins.
Chacun tempête que la facture devient impayable pour le résident. D'aucuns redoutent de plus en plus que les pouvoirs publics, devant réaliser d'importantes économies, ne pourront ou ne voudront plus continuer à intervenir pour un montant aussi élevé par jour en raison du nombre grandissant de résidents. Au niveau des CPAS surtout, il n'y a plus l'ambition de progresser au même rythme que le marché. Il s'agit plus d'un choix d'inspiration budgétaire que d'un choix de société.
Attribution
Depuis 1998, un moratoire fixait le nombre de lits dans les maisons de repos pour personnes âgées en Belgique globalement à 6,8 lits par 100 habitants de 60 ans et plus. Le moratoire est arrivé à échéance en septembre dernier. Depuis, entités fédérales et fédérées ont convenu de la création de 1233 lits.
Pourquoi le retard est-il si important? L'attribution des lits programmés de façon additionnelle se fait au travers d'une procédure longue et complexe. Les nouveaux protagonistes sur le marché surtout (les grands acteurs privés) qui aimeraient rapidement se développer ne sont pas enchantés de devoir se classer en queue de peloton. Ils qualifient la procédure de risible et affirment que celle-ci est parfois utilisée à tort pour protéger la région de la venue de nouveaux concurrents. Quoi qu'il en soit, l'ancienne procédure pouvait bloquer le marché pendant douze ans. Heureusement, la nouvelle législation de 2010 a ramené ce délai à huit ans. Malheureusement, de nombreux dossiers sont encore dans le pipeline, de sorte que ce morcellement continuera à peser sur le marché au cours des prochaines années. Pour le secteur subventionné, il fallait et faut encore attendre à qui le ministre compte attribuer les subsides. Certains se demandent si une intervention sur le prix à la journée, donc l'octroi direct de subsides aux résidents, ne serait pas plus rapide, efficace et équitable? Les pouvoirs publics devraient alors s'axer davantage sur la fixation de normes et surtout sur le suivi du service proposé. L'on pourrait également envisager de coupler les subsides aux revenus du résident.
Vu dans L'Écho. Écrit par PI
Publication du 14 décembre 2011
