Article - Toujours plus d'invalides

L'Inami estime à 300000 le nombre d'invalides
qui seront reconnus en 2015 dans le pays.
Cela représenterait une hausse de 44% en dix ans.
Le nombre d’invalides commence à inquiéter. Le secrétaire d’Etat aux Affaires sociales et aux Familles chargé des risques professionnels Philippe Courard (PS) révèle dans sa note de politique générale présentée la semaine dernière au Parlement que 265000 personnes bénéficient aujourd’hui d’une indemnité d’invalidité. Ce n’est pas rien. Cela signifie que 265000 salariés ne travaillent plus depuis au moins un an à cause d’un problème de santé. Et leur nombre ne cesse d’augmenter. Selon les statistiques les plus récentes de l’Institut national de l’assurance maladie-invalidité (Inami), il y avait 208595 invalides reconnus en 2005, 215822 en 2006, 223684 en 2007, 232153 en 2008 et 245209 en 2009. Soit, en six ans, une augmentation de 17%.
Où et quand cette progression va-t-elle s’arrêter? Difficile à établir. Ce qui est sûr, c’est qu’elle n’est pas terminée. Elle risque même de s’amplifier dans les années à venir. Comme le révèlent les chiffres de l’Inami, le rythme de croissance va en s’accélérant. Entre 2005 et 2006, la hausse a été de 3,46%. L’année suivante, elle s’établissait à 3,64%, puis à 3,79% un an plus tard. Entre 2008 et 2009, cette progression est passée à 5,62%. Et ce n’est pas près de s’arrêter. D’après des estimations de l’Inami répercutées par Philippe Courard, le nombre d’invalides devrait atteindre entre 294000 et 302000 unités en 2015. Si ces sombres prévisions se confirment, cela signifie que leur nombre aurait augmenté de 45 % en dix ans. A noter que le nombre de personne en incapacité de travail - c’est-à-dire en arrêt de maladie depuis moins d’un an - est lui aussi en hausse constante : ce nombre est passé de 344492 unités en 2004 à 399075 en 2010.
Une surprise? Pas vraiment. La tendance se marque dans toute l’Europe. Et répond à des évolutions structurelles dans la société.
Il y a d’abord les effets, sur la santé, d’une pression toujours croissante pour améliorer la productivité des entreprises. Du moins c’est ce que les chiffres semblent indiquer. Les statistiques révèlent en effet que les maladies qui conduisent le plus grand nombre de personnes vers l’invalidité sont les troubles mentaux suivis par les maladies musculosquelettiques. A elles deux, ces maladies sont responsables de plus de la moitié des cas d’invalidité. Et les ravages qu’elles provoquent sont en progression constante. Entre 2005 et 2009, le nombre de titulaires reconnus invalides pour troubles mentaux (psychoses, troubles de la personnalité, etc.) ou à cause d’une maladie musculosquelettique (maux de dos, rhumatismes articulaires, etc.) a augmenté de 23%.
Un autre phénomène qui explique l’augmentation des personnes reconnues comme invalides, c’est l’arrivée massive, à partir des années 70, des femmes sur le marché du travail. Aujourd’hui, ces femmes arrivent à un âge où les ennuis de santé deviennent plus fréquents. Et cela se marque forcément dans les statistiques (voir infographie). Alors que le nombre d’hommes touchant une indemnité pour invalidité est relativement stable depuis des années, celui des femmes dans le même cas a explosé: +6,6% pour les premiers entre 2005 et 2009, +30% pour les secondes durant le même laps de temps. La progression a été telle qu’en 2008, le nombre de femmes a dépassé pour la première fois celui des hommes dans les statistiques de l’invalidité. Et depuis, l’écart se creuse. Un phénomène qui s’est accéléré depuis que l’âge de la pension chez les femmes a été progressivement relevé jusqu’à 65 ans.
Enfin, et c’est sans doute le plus déterminant, un troisième facteur explique la hausse du nombre des invalides : le vieillissement de la population - ainsi que, de façon timide encore, la hausse du taux d’emploi chez les plus de 55 ans. Les chiffres montrent que l’incapacité de travail augmente avec l’âge (voir infographie). Il est donc logique que l’augmentation du nombre de personnes âgées à la suite du vieillissement de la population engendre un nombre plus important de cas d’invalidité.
Mais est-ce une fatalité? La question se pose. Elle est importante dans un contexte budgétaire difficile et à l’heure où des réformes visant à reculer l’âge du départ à la pension prennent corps.
Vu dans La Libre. Écrit par Vincent Rocour
Publication du 23 janvier 2012
